Efficacité énergétique

Si votre rétrofit de ventilation se rentabilise en trois ans, ProKilowatt ne le financera pas

· Lecture 11 min · Par Patrick Savioz

Deux voies selon le temps de retour : au-dessous de quatre ans, réalisation immédiate sans subvention ; au-dessus, dossier ProKilowatt jusqu’à 30 %.

Il y a un moment, dans un projet de rétrofit de ventilation, où un bon calcul d’économie devient un argument contre vous. Ce moment arrive quand vous demandez une subvention.

ProKilowatt, le dispositif d’appels d’offres publics de la Confédération, couvre jusqu’à 30 % des coûts d’investissement d’une mesure d’efficacité électrique. Mais il ne finance que ce qui ne se ferait pas sans lui. Une mesure dont le temps de retour est inférieur à quatre ans est réputée économiquement viable, et elle n’est pas soutenue. Si votre rétrofit se rentabilise en trois ans, la réponse est non, et elle est motivée.

Ce n’est pas une mauvaise nouvelle. C’est un critère de tri, et il vous dit dans quelle voie vous êtes.

Ce que le dispositif finance

Les appels d’offres publics existent depuis dix-sept éditions. Ils sont financés par le supplément perçu sur le réseau et disposent d’une enveloppe annuelle qui peut atteindre 70 millions de francs. Pour l’appel d’offres 2026, la répartition annoncée est de 40 millions au maximum pour les projets et 30 millions au maximum pour les programmes.

Le mécanisme est un appel d’offres concurrentiel, et c’est ce qui le distingue d’un fonds de subventions classique. Vous fixez vous-même la contribution que vous demandez. Les dossiers sont ensuite classés selon leur rapport coût-efficacité, c’est-à-dire la contribution demandée divisée par les économies d’électricité générées, exprimée en centimes par kilowattheure. Plus vous demandez peu pour beaucoup d’économies, mieux vous êtes classé. Le plafond usuel est de 8 ct./kWh, et la moyenne effective se situe très en dessous : le millésime 2025 s’est établi à 2,9 ct./kWh, frais d’exécution compris, pour 63 projets et 3 programmes soutenus, 26 millions de francs engagés et environ 53 GWh d’économies annuelles.

Le taux de succès annoncé est élevé : environ 85 % des demandes de projets recevables obtiennent une contribution. Ce chiffre mérite d’être lu correctement. Il ne dit pas que le dispositif est généreux, il dit que les dossiers qui échouent échouent avant la mise en concurrence, sur les conditions d’éligibilité.

Deux portes, séparées par un seuil d’investissement

Il existe deux voies, et la confusion entre les deux fait perdre du temps.

Le programme. Un tiers, souvent une association professionnelle ou un bureau, porte un programme thématique et le fait financer par ProKilowatt ; les entreprises s’y inscrivent ensuite pour des mesures standardisées, techniquement simples, dont les coûts d’investissement restent sous 300 000 francs. Deux programmes existants touchent directement notre sujet : ProELA, pour la rénovation et l’optimisation d’installations de ventilation, et SPEED, pour le remplacement et l’optimisation d’entraînements électriques. S’inscrire à un programme en cours est, de loin, la démarche la plus simple.

Le projet. Dès que les coûts d’investissement dépassent 70 000 francs, la mesure peut être déposée comme projet individuel. La contribution demandée va de 20 000 francs à 6 millions, plafonnée à 30 % de l’investissement. Le dépôt se fait en ligne, à n’importe quelle date de l’année, et la décision tombe en principe trois à quatre semaines après une demande complète. Pour l’appel d’offres 2026, la date limite de dépôt des projets est le 1er novembre 2026 ; au-delà, ce sont les conditions du cru suivant qui s’appliquent.

Déposer un programme est un autre métier : les contributions vont de 150 000 à 3 millions de francs, le délai annuel est fixé au printemps, et le porteur s’engage à recruter et à accompagner des entreprises participantes pendant plusieurs années. Ce n’est pas la voie d’un propriétaire qui veut assainir la ventilation d’un bâtiment.

La règle qui coûte le plus de dossiers

Seules les mesures pas encore mises en œuvre sont soutenues. Et la mise en œuvre commence bien avant le chantier : elle inclut la décision inconditionnelle d’exécuter, la signature des contrats et la commande du matériel. Il faut donc attendre la décision d’adjudication avant de commander quoi que ce soit.

Sur une ventilation, cette règle a une conséquence brutale. Un moteur qui lâche un mardi matin n’est pas un dossier ProKilowatt. Le remplacement en urgence sera commandé dans la journée, et il le sera à l’identique, parce que c’est ce qui est disponible en stock. La subvention n’est accessible qu’au renouvellement anticipé, celui qu’on décide alors que l’installation tourne encore.

Deuxième conséquence : un projet refusé ne peut pas être redéposé dans le même appel d’offres. Vous avez une tentative par millésime. Cela plaide pour un dossier préparé, pas pour un dossier déposé « pour voir ».

Le paradoxe du rétrofit de ventilation

Un entraînement de ventilation tourne souvent 4 000 à 6 000 heures par an, parfois davantage. La puissance d’un ventilateur varie approximativement au cube du débit, ce qui fait de ce poste celui où une réduction modeste produit le gain le plus élevé. Sur une installation à vitesse constante, un rétrofit bien ciblé se compte en dizaines de pour cent d’économie électrique.

Faites le calcul et vous verrez le problème arriver : ces mesures sont fréquemment sous les quatre ans. Elles sont donc, aux yeux du dispositif, économiquement viables et non subventionnables.

La conclusion utile est celle-ci. Si votre rétrofit se rentabilise en deux ou trois ans, ne construisez pas de dossier : réalisez-le. Le temps passé à demander 30 % coûte plus que les 30 % ne rapportent, et chaque saison de chauffe qui passe consomme l’équivalent d’une part de la subvention espérée.

Le seuil des quatre ans se franchit ailleurs, et c’est là que ProKilowatt redevient l’instrument juste : quand le périmètre réel n’est pas le moteur. Reprendre le câblage entre l’armoire et la centrale, remplacer l’automate, faire reprogrammer la régulation par l’intégrateur d’origine, refaire une mise en service et une réception : l’investissement se multiplie, le temps de retour s’allonge, l’éligibilité apparaît. C’est le cas classique d’une rénovation de monobloc complète.

Ces deux voies sont exclusives, et il faut savoir laquelle on emprunte. Réduire le périmètre rend la mesure rentable et inéligible ; l’élargir la rend éligible et lente. Ce n’est pas une objection au dispositif, c’est la description exacte de ce qu’il encourage : les rénovations lourdes que personne ne lance spontanément.

EC-SWAP® : rester du bon côté du seuil, volontairement

Le motif de report d’un rétrofit de ventilation n’a jamais été le prix du moteur. C’est ce qu’il faut rouvrir autour : le câblage entre l’armoire et la centrale, l’automate, la reprogrammation de la MCR, une nouvelle mise en service, une nouvelle réception. Le moteur coûte quelques milliers de francs ; ce qui l’entoure en coûte plusieurs fois plus et immobilise le bâtiment. C’est ce surcoût qui pousse le temps de retour au-delà de quatre ans, et donc dans le champ de la subvention.

EC-SWAP® est une solution brevetée qui s’arrête précisément avant cette limite. C’est un convertisseur de commande : il reprend les alimentations petite et grande vitesse issues de l’armoire existante, alimente le moteur EC en 400 V triphasé, génère le signal 0-10 V correspondant, et renvoie les contacts de défaut à la régulation en place. La supervision ne perd aucune information. Le câblage reste en place, l’automate reste en place, la logique de régulation du bâtiment n’est pas rouverte. C’est le principe du rétrofit sans reprise du câblage, sous une forme industrialisée.

Un boîtier de 130 × 130 × 75 mm, IP65, 16 A, un module par circuit d’air. Le pilotage se fait en priorité petite vitesse, en priorité grande vitesse, par réglage local aux potentiomètres LOW et HIGH, par commande externe sur le port logique, ou par sonde CO2 ou COV en gaine de reprise : une installation à vitesse constante passe alors en ventilation pilotée par la demande, sans changer d’automate. Jusqu’à 70 % d’économie sur la consommation électrique des ventilations, selon les configurations. Le module se monte par un électricien ou par l’installateur CVC : il n’y a pas d’ingénierie de régulation à reprendre, et c’est tout l’intérêt du dispositif.

Face au dispositif que nous venons de décrire, cela produit un effet net qu’il vaut mieux énoncer clairement : une intervention de ce périmètre tombe le plus souvent du côté rentable du seuil, donc du côté non subventionnable. Nous le disons sans détour, parce que c’est le résultat cherché. Un chantier de deux jours par monobloc qui se rentabilise en deux ou trois ans n’a pas besoin d’attendre neuf mois une décision d’adjudication qui, de toute façon, sera négative.

Il reste deux situations où les deux logiques se rejoignent :

  • Le parc, pas le monobloc. Un module par circuit d’air, sur dix ou vingt circuits, franchit sans difficulté les 70 000 francs d’investissement qui ouvrent la voie du projet, et le regroupement de plusieurs mesures d’un même propriétaire est explicitement admis. Le temps de retour, lui, ne change pas beaucoup : c’est donc l’éligibilité, pas le montant, qu’il faut vérifier d’abord.
  • Le monobloc en fin de vie. Quand la centrale doit de toute façon être remplacée, le convertisseur de commande n’a plus de raison d’être et le dossier ProKilowatt redevient l’instrument juste. Il n’y a aucun intérêt à défendre un rétrofit là où une rénovation est due.

Un point à vérifier dans les deux cas, tableau en main plutôt que par principe : les critères d’éligibilité posent des exigences de rendement minimales sur le moteur et son électronique de commande. Un moteur EC de génération actuelle s’y situe confortablement, mais cela se démontre avec une fiche technique, pas avec un argument commercial.

Le temps de retour se calcule sur des chiffres que personne n’a

Tout ce qui précède se joue sur un nombre : le temps de retour. Et dans un dossier de ventilation, ce nombre est presque toujours une estimation posée sur trois hypothèses fausses.

La puissance de la plaque signalétique tient lieu de puissance absorbée. Le programme horaire théorique tient lieu d’heures de fonctionnement réelles. Le débit du dossier de réception tient lieu de débit actuel, dix ans, deux filtres et un réseau modifié plus tard. Les trois erreurs ne vont pas dans le même sens, et leur combinaison peut aussi bien surestimer l’économie de moitié que la diviser par deux.

Les conséquences sont symétriques et coûteuses. Surestimer l’économie donne un rapport coût-efficacité flatteur, un bon classement, puis un problème au moment de la vérification, qui se fait sur justificatifs et peut porter sur la mesure effective. Sous-estimer conduit à écarter un projet qui aurait passé le seuil.

Un détail de calcul mérite d’être connu, parce qu’il pèse directement sur le classement : les économies sont comptées sur une durée d’utilisation standard. Elle est de 15 ans pour la plupart des appareils et des installations. Les 25 ans plus favorables sont réservés au remplacement d’un moteur seul, et ne s’appliquent pas au moteur pris comme partie intégrante d’une installation, ce qui est précisément le cas d’un ventilateur. Un rétrofit de ventilation se calcule donc sur 15 ans.

Il n’y a qu’une façon de sortir de l’hypothèse : mesurer. Une supervision qui historise déjà la puissance absorbée, les heures de marche et les états de vitesse rend l’exercice presque gratuit. À défaut, une campagne de mesure de quelques semaines avant travaux vaut mieux qu’un chiffre à défendre plus tard. C’est aussi, accessoirement, le même relevé qui dira si une régulation à la demande a du sens sur cette installation, et c’est le contenu ordinaire d’un audit de régulation.

ProKilowatt ou votre fournisseur d’électricité, pas les deux

Depuis 2026, un second instrument fédéral vise le même gisement : les gains d’efficacité par les fournisseurs d’électricité, qui assignent à tout distributeur d’une certaine taille un objectif chiffré d’économies à réaliser chez ses consommateurs finaux. La ventilation et les entraînements y figurent aussi, sous des mesures standardisées.

Les deux dispositifs s’excluent. Une mesure soutenue par ProKilowatt ne doit pas bénéficier d’autres aides publiques, et réciproquement, les mesures aidées par la Confédération, un canton ou une commune ne peuvent pas être comptabilisées par un fournisseur d’électricité. Les conditions de ProKilowatt consacrent d’ailleurs un chapitre à cette délimitation. Le choix se fait avant la commande, et il ne se refait pas.

Or les deux voies ne posent pas les mêmes conditions, et l’asymétrie est intéressante. À la lecture de sa directive, l’instrument des fournisseurs d’électricité ne fixe pas de seuil de temps de retour : il demande la meilleure technologie disponible, une économie établie par mesure ou par calcul fondé, un caractère durable, et l’élimination de l’ancien matériel. Autrement dit, le rétrofit trop rentable pour ProKilowatt n’est pas nécessairement hors jeu ailleurs.

Nous n’avons pas encore instruit de dossier sous ce second dispositif, et cet article ne décrit pas une éligibilité acquise : il décrit deux cadres et le critère qui les sépare.

Ce qu’il y a à faire, dans l’ordre

  1. Ne rien commander, et ne signer aucun contrat, avant d’avoir tranché la question du financement. C’est la seule étape irréversible de la liste.
  2. Établir le temps de retour sur des chiffres mesurés : heures de fonctionnement réelles, puissance absorbée, débit. C’est ce nombre qui décide de la voie, et lui seul.
  3. Sous quatre ans, réaliser. Au-dessus, vérifier s’il existe un programme en cours qui couvre la mesure avant d’envisager un projet individuel : l’inscription à un programme est plus rapide qu’un dossier.
  4. Poser la question à votre fournisseur d’électricité avant de choisir : a-t-il un objectif de gains d’efficacité, et soutient-il des mesures de ventilation ? Les deux montages ne se cumulent pas.
  5. Regarder le calendrier. Les projets du millésime 2026 se déposent jusqu’au 1er novembre 2026. Un dossier préparé en octobre pour un chantier d’été suit un rythme raisonnable ; un dossier improvisé fin octobre, non.

Les conditions complètes et l’outil de calcul rapide sont publiés sur prokw.ch. Ils valent la lecture : le dispositif est plus lisible que sa réputation.

Ce que nous faisons

Nous relevons vos installations de ventilation, nous mesurons ce qui doit l’être, et nous produisons le temps de retour et les économies annuelles sur des chiffres tenables. C’est ce qui décide de la voie de financement, et c’est ce qu’un dossier de subvention comme un protocole d’économie demandent de démontrer.

Workswell est un bureau d’ingénieurs, et ne fait pas d’intégration. Nous ne posons pas de matériel, nous ne programmons pas votre automate et nous ne représentons aucune marque : la mise en œuvre revient à l’installateur ou à l’intégrateur de votre choix. Notre page « Supervision & intégration GTB » emploie le mot au sens de l’intégration de systèmes : spécification des interfaces, mise en service et reprise en supervision, pas la pose ni la programmation. Nous auditons, spécifions, mettons en service et télégérons des installations que nous n’avons pas construites. Sur un dossier de subvention, cette position a un avantage direct : le temps de retour que nous calculons ne dépend pas de la commande qui suivrait.

Envoyez-nous la plaque signalétique du moteur, le schéma de votre régulation et le programme horaire de l’installation. Nous vous dirons ce que le rétrofit représente en kWh par an, de quel côté des quatre ans il tombe, et quelle porte cela vous ouvre.

Nous écrire

← Tous les articles

À lire aussi

Articles

Un projet, une rénovation ou une question ?

Un premier échange suffit en général à cerner le potentiel et le périmètre du mandat.