Maîtrise d'ouvrage

Votre lot MCR a un budget. Il n’a pas de rédacteur.

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Schéma : le CFC 248 et les sept éléments de coût du groupe D02 de l'eCCC-Bât, dont l'intégration du système, face à un dossier qui ne désigne aucun rédacteur depuis l'archivage du règlement SIA 108/1 en 2001

Chez vous, il y a un thermostat. Peut-être une minuterie pour les stores.

Dans un immeuble de bureaux, une école ou un EMS, il y a l’équivalent de plusieurs milliers de thermostats, de minuteries et d’interrupteurs. Ils ne sont pas au mur : ils sont dans un ordinateur, qui prend des décisions chaque minute. Quand la ventilation démarre. À quelle température l’eau part dans les radiateurs. Si les stores descendent. Quand le groupe froid s’enclenche.

Ce système représente une part significative du budget technique d’un bâtiment, et il détermine une part encore plus grande de sa facture d’énergie pendant les trente années suivantes.

Dans la plupart des projets, personne n’a écrit ce qu’il devait faire.

Ce n’est ni un scandale, ni une négligence, ni une panne. C’est le fonctionnement par défaut. Et comme rien ne casse, personne n’y revient.

Le mot que vous verrez sur vos devis

Dans le métier, ce système s’appelle le MCR (mesure, commande, régulation) ou la GTB, pour gestion technique du bâtiment. Retenez plutôt « GTB » : c’est le mot qui apparaîtra sur vos devis et dans vos contrats de maintenance.

Vous n’avez pas besoin d’en savoir plus pour lire la suite. Il suffit de retenir ceci : la GTB, ce n’est pas une machine. C’est un logiciel, écrit sur mesure pour votre bâtiment, qui pilote toutes les machines.

Et un logiciel, ça se spécifie avant, ou ça se subit après.

Le budget existe. Le code suisse est même très précis.

Contrairement à ce qu’on croit souvent, ce poste n’est pas oublié dans les budgets.

Le code suisse des frais de construction, celui que votre architecte et votre régie utilisent pour structurer un décompte, lui réserve une position dédiée, le CFC 248, sous le titre « automation du bâtiment ». Il ne s’arrête pas là : il distingue l’ordinateur de supervision, les automates, les capteurs et les vannes, les commandes dans les pièces, et le réseau qui relie tout cela.

Le code plus récent, celui qui sert justement à estimer les coûts au début du projet, va encore plus loin. L’eCCC-Bât consacre à l’automation du bâtiment un groupe entier de sept éléments. Le septième s’appelle :

« Intégration du système ».

Autrement dit : l’idée que le chauffage, la ventilation, le froid, l’électricité et les compteurs doivent se parler entre eux et remonter dans un seul écran est un poste de coût nommé dans une norme suisse. Il a une position, il peut porter un montant, il est prévu pour être devisé.

Posez la question à votre prochaine séance de projet : qui a écrit ce qu’on attend de ce poste-là ?

Dans la plupart des dossiers, la réponse honnête est : personne. Le montant, lui, est souvent bien là.

Le règlement qui en faisait un métier a été archivé en 2001

Il y a trente ans, la régulation était un accessoire de la chaudière. Elle arrivait avec elle, réglée par le fournisseur. Confier ce sujet à l’ingénieur en chauffage et ventilation était alors la bonne organisation. C’était même la seule qui avait du sens.

Il y a un détail suisse, peu connu, qui montre bien le basculement. La SIA, la société des ingénieurs et des architectes, avait publié en 1992 un règlement dédié aux prestations et honoraires de ce métier-là, sous le titre « Technique MCR et automation du bâtiment ». Il a été valable jusqu’au 31 juillet 2001, puis archivé et fondu dans le règlement général des ingénieurs en installations du bâtiment. Le sujet n’apparaît plus dans le titre.

Le règlement qui faisait de la GTB un mandat à part entière, avec ses propres honoraires, a donc disparu au moment précis où le métier devenait autonome : bus de communication, logiciels, données, propriété du code.

Le poste a gardé son budget de travaux. Il a perdu son mandat d’ingénierie.

Le résultat, aujourd’hui, est que ce cahier des charges est presque toujours rédigé par l’ingénieur en chauffage et ventilation, en plus de son travail, et c’est une des raisons pour lesquelles le MCR arrive si souvent en bout de chaîne. Un excellent ingénieur en ventilation peut dimensionner une installation irréprochable et, dans le même dossier, décrire la GTB en recopiant la fiche technique d’un fournisseur. Ce n’est pas un défaut de compétence. C’est un défaut de mandat : on lui demande un document que plus aucun règlement ne décrit, et pour lequel il n’est pas payé.

Schéma comparant deux jeux de questions sur la même centrale de traitement d’air : à gauche celles auxquelles l’ingénieur CVCS répond, à droite celles que personne n’a le mandat d’écrire
Les deux colonnes sont nécessaires. Aucune question de droite n’est plus difficile que celles de gauche : elles sont simplement d’un autre métier.

Ce que l’absence de rédacteur produit

Trois offres qui ne portent pas sur le même bâtiment

Un appel d’offres pour une GTB doit contenir une liste des points : l’inventaire de ce que le système devra mesurer et commander, local par local, machine par machine. Dans beaucoup de dossiers, elle n’y est pas, et chaque soumissionnaire comble les silences à sa manière.

Les trois prix sont alors justes, et aucun ne porte sur le même périmètre. Or adjuger au prix le plus bas suppose que les offres portent sur le même objet. Sans liste des points, cette hypothèse est fausse : l’écart de prix ne mesure pas une prestation, il mesure une interprétation, et le moins cher est souvent celui qui a supposé le moins.

C’est un sujet à lui seul, et nous l’avons traité en détail : mettre une supervision de bâtiment en soumission sans écrire le nom du fournisseur dedans.

Un bâtiment qui chauffe et refroidit la même pièce

Cela arrive, et plus souvent qu’on ne l’imagine. Rien ne casse. Aucune alarme ne sonne. Les occupants ne se plaignent pas, puisque la température est bonne. La facture, elle, paie deux fois.

Personne ne le voit parce que personne n’a demandé les points de mesure qui permettraient de le voir. Un compteur ou un capteur qu’on n’a pas demandé au moment des devis coûte, deux ans plus tard, plusieurs fois son prix, quand il peut encore être posé. C’est la mécanique d’un MCR mal cadré : presque rien à la pose, et une facture chaque mois.

Un logiciel payé, et jamais reçu

Le logiciel qui pilote votre immeuble a été écrit sur mesure. Vous l’avez payé : c’est une ligne du décompte. Mais avoir payé ne veut pas dire avoir reçu. Dans la majorité des dossiers, le maître d’ouvrage ne détient ni les fichiers sources, ni le droit de les faire modifier par une autre entreprise, ni le logiciel qui permettrait de les ouvrir.

C’est comme acheter une maison sans recevoir les plans. Tout fonctionne parfaitement, jusqu’au jour où vous voulez percer un mur, ou simplement demander un deuxième avis. La question complète est ici : qui détient vraiment les clés de votre bâtiment ?

Les quatre questions à poser

Elles ne demandent aucune compétence technique. Posez-les à votre architecte, à votre mandataire ou à votre gérance, et écoutez la qualité de la réponse autant que la réponse elle-même.

  1. Qui rédige le cahier des charges de la GTB dans ce projet, et est-ce son métier principal ?
  2. La liste des points sera-t-elle annexée à l’appel d’offres ? Si non, sur quelle base comparerons-nous les offres ?
  3. Que recevrons-nous à la fin, en plus d’une installation qui fonctionne : les fichiers du logiciel, le droit de les faire modifier par un tiers, les mots de passe ?
  4. Combien d’entreprises différentes pourront intervenir sur ce système dans dix ans ?

Une réponse précise en quelques jours indique un dossier bien tenu. Une réponse évasive vous indique où vous en êtes, et il vaut mieux le savoir maintenant.

Le seul moment où tout cela est gratuit

C’est le point le plus important de cet article, et il tient en quatre lignes.

Avant les devis, au stade des études. Coût : rien, quelques pages d’annexe.

Après l’adjudication. Un avenant, négocié en position faible.

À la mise en service. On découvre ce qui manque. Trop tard pour l’exiger.

En exploitation. Un projet, avec un budget à retrouver.

C’est la même demande aux quatre moments. Seul son prix change, et il change beaucoup.

Bonne nouvelle : vous n’avez pas à inventer ces exigences. Les maîtres d’ouvrage publics suisses ont déjà écrit une recommandation détaillée sur le sujet : publique, gratuite, disponible en français, et vos fournisseurs la connaissent. Nous l’avons analysée en détail dans notre lecture de la recommandation KBOB BACnet, et nous en avons tiré deux outils publics : un générateur d’adresses KBOB et un référentiel d’objets BACnet. Parce que « compatible BACnet » ne veut pas dire que ça va marcher.

Et plusieurs cantons sont allés plus loin : ils exigent que ce lot soit confié à un ingénieur spécialisé, distinct de celui qui dimensionne le chauffage et la ventilation.

Une remarque pour finir

Rien, dans tout ce qui précède, ne ressemble à une panne.

Le budget est complet. Les études ont été menées correctement. L’ingénieur a fait un travail sérieux dans son domaine. L’appel d’offres s’est bien passé, l’installation fonctionne, la maintenance est assurée, et l’écran de supervision n’affiche aucune alarme.

C’est précisément ce qui rend ce problème coûteux : il ne se signale nulle part. On ne le découvre que le jour où l’on veut faire quelque chose : ajouter une zone, comprendre une facture, changer de prestataire. Et l’on s’aperçoit alors qu’on ne peut pas.

La question à poser au début d’un projet n’est donc pas « qui installe la régulation ». C’est « qui la spécifie ».

Les documents suisses cités, si vous voulez vérifier

  • Code des frais de construction (CFC), position 248 « Automation du bâtiment », publié par le CRB.
  • Code des coûts de construction par éléments, eCCC-Bât (SN 506 511), groupe D02 « Automation de bâtiments », éléments D02.01 à D02.07, dont D02.07 « Intégration du système » (CRB et SIA).
  • Règlement SIA 108/1 (1992), « Technique MCR et automation du bâtiment : prestations et honoraires », valable jusqu’au 31 juillet 2001, aujourd’hui archivé.
  • Règlement SIA 108 en vigueur, prestations et honoraires des ingénieurs spécialisés dans les installations du bâtiment, la mécanique et l’électrotechnique, sur shop.sia.ch.
  • Norme SIA 386.110, impact de l’automatisation et de la gestion technique sur la performance énergétique des bâtiments.
  • Recommandation de la KBOB relative à l’utilisation de la norme BACnet, et son guide d’application, publiés par la Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics, en français, en téléchargement libre.
  • Recommandations techniques CVSE de l’État de Vaud ; directive « Gebäudeautomation » d’Immobilien Aargau.

Un projet où le lot MCR doit être spécifié avant l’appel d’offres, et non pendant ? C’est exactement le rôle de notre assistance au maître d’ouvrage. Sur un bâtiment déjà en service, l’audit MCR/GTB vous dit ce qui a été spécifié, et ce qui ne l’a pas été.

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