Dans un immeuble en PPE, un monobloc de ventilation tournait à 2 kW jour et nuit, sans réduit nocturne. Aucune alarme ne s’était déclenchée, et pour cause : rien n’était en panne. Un ventilateur qui tourne la nuit est en marche, pas en défaut.
C’est le sous-comptage des parties communes qui l’a montré, en séparant la ventilation du reste des communs. Après l’intervention de maintenance, la ventilation consomme jusqu’à 25 kWh de moins par jour.
Ce que personne ne sait, c’est depuis quand elle tournait ainsi. C’est la vraie question d’un monitoring énergétique : pas combien on économise une fois la dérive trouvée, mais combien de temps elle court avant qu’on la voie.
Une alarme surveille un état, pas une consommation
Une GTB alarme sur des défauts : un moteur qui déclenche, une sonde hors plage, un risque de gel, un filtre encrassé. Elle ne dit rien d’une installation qui fonctionne normalement au mauvais moment. Un chauffage qui ne passe plus en réduit, une pompe de circulation qui tourne tout l’été, l’éclairage d’un garage allumé en continu : aucun n’est un défaut, aucun ne déclenche d’alarme.
Même le filtre encrassé, qui a son alarme, peut passer inaperçu : sur une installation à débit variable, un pressostat à seuil fixe devient aveugle ou hypersensible. Et dans beaucoup d’immeubles, les parties communes n’ont pas de GTB du tout : seulement le compteur du distributeur.
Un monitoring surveille autre chose : l’écart entre ce qu’un compteur consomme et ce qu’il devrait consommer, à cette heure, ce jour-là. C’est ce qui lui permet de voir ce qu’aucune alarme ne voit.
Le cas : les parties communes d’un immeuble en PPE
| Paramètre | Valeur |
| Bâtiment | Immeuble en PPE, parties communes |
| Mesure | Sous-comptage séparant la ventilation du reste des communs |
| Constat | Monobloc de ventilation à 2 kW jour et nuit, sans réduit nocturne |
| Consommation de la ventilation avant | 2 kW × 24 h = 48 kWh par jour |
| Économie relevée après l’intervention | Jusqu’à 25 kWh par jour |
| Équivalent annuel | 25 × 365 = 9 125 kWh par an |
Le constat et l’économie sont relevés ; le détail figure dans notre retour d’expérience.
Pour la suite, on retient 25 kWh par jour et on suppose que la dérive a commencé un jour quelconque. Une seule chose change d’un scénario à l’autre : le moyen par lequel on la découvre. Les délais qui suivent sont des hypothèses de travail.
Quatre façons de découvrir la même dérive
Le décompte annuel des charges. En PPE, l’électricité des communs arrive une fois par an dans le décompte de charges, sous forme d’un total en francs. Une dérive qui commence à un moment quelconque de l’exercice court en moyenne six mois avant la clôture : 180 × 25 = 4 500 kWh. Le décompte ne dit pas d’où vient l’écart, et un changement de tarif peut suffire à le masquer.
Le relevé mensuel du compteur des communs. La dérive ajoute 25 × 30 = 750 kWh par mois. Elle se voit si quelqu’un compare les relevés et si rien d’autre n’a changé entre-temps. On retient 45 jours : le mois entamé, puis un mois complet pour confirmer. Soit 45 × 25 = 1 125 kWh, et toujours pas la cause : ce compteur additionne ventilation, éclairage, ascenseur et pompes.
Un tableau de bord par usage, lu chaque mois. Avec un sous-comptage, la courbe de la ventilation montre une nuit qui ne descend plus. La cause se lit au premier regard. Le délai dépend de la fréquence de lecture : 15 jours en moyenne pour une lecture mensuelle, soit 15 × 25 = 375 kWh.
Une alerte de dérive sur le talon nocturne. Chaque nuit, le monitoring compare la consommation de la ventilation à sa référence. Deux nuits au-dessus du seuil, et l’alerte part : 2 × 25 = 50 kWh.
Comparaison
| Canal de détection | Ce qu’il montre | Délai retenu | Consommé en trop avant détection | Cause visible |
| Décompte annuel des charges | Un total annuel en francs | 180 jours | 4 500 kWh | Non |
| Relevé mensuel du compteur des communs | Un total mensuel | 45 jours | 1 125 kWh | Non |
| Tableau de bord par usage, lu chaque mois | La courbe de chaque usage | 15 jours | 375 kWh | Oui |
| Alerte sur le talon nocturne | Un écart à la référence | 2 jours | 50 kWh | Oui |
Même dérive, même économie une fois corrigée. Entre la première et la dernière ligne, un facteur 90.
Le monitoring n’a économisé aucun kilowattheure
Dans les quatre scénarios, l’économie après correction est la même : 25 kWh par jour. Elle vient de l’intervention, pas du monitoring. Un monitoring ne règle pas un horaire et ne change pas un filtre. Ce qu’il apporte, c’est du temps : il raccourcit l’intervalle entre le début d’une dérive et sa correction.
Trois conséquences en découlent.
Un monitoring que personne ne lit vaut un décompte annuel avec de plus beaux graphiques. Sa valeur est dans la référence, dans l’alerte et dans la personne qui la reçoit, pas dans le tableau de bord.
Sa valeur se répète. Une dérive corrigée peut revenir sans bruit : un forçage manuel oublié après un dépannage, un programme horaire modifié lors d’une intervention, des filtres qui s’encrassent à nouveau. Chaque retour relance le compteur. Vérifier dans la durée qu’une correction tient, c’est exactement ce que veut dire suivre un engagement de performance.
Il sert avant les travaux. Pour faire valoir une économie, il faut une consommation de référence relevée avant l’intervention. Dans un dossier EffEl, ces relevés se prennent avant de toucher au tableau, et ne se rattrapent plus ensuite. Un monitoring déjà en place les a, sans campagne de mesure à improviser.
Ce qui corrige le calcul
- Les délais sont des hypothèses. Dans le cas réel, personne ne sait depuis quand le monobloc tournait ainsi : la dérive a pu durer des mois, voire des années. Ce n’est pas une faiblesse du calcul, c’est son argument.
- La référence décide de tout. Comparer au mois précédent invente des dérives qui n’en sont pas, parce que la saison change, et en masque d’autres. Pour une ventilation, la référence est le talon nocturne et l’horaire attendu. Pour un chauffage, la signature énergétique : la consommation en fonction de la température extérieure. Pour un bilan, la même période de l’année précédente.
- Une alerte vaut ce que vaut son destinataire. Qui la reçoit, qui agit, dans quel délai : concierge, gérance ou entreprise de maintenance. Trop d’alertes, et plus personne ne les lit : les seuils se règlent sur quelques semaines de fonctionnement normal.
- Une mesure fausse dérive aussi. Un tore monté à l’envers, un rapport de transformation oublié ou une constante d’impulsion fausse faussent un monitoring pendant des années. La somme des sous-compteurs se compare au compteur général avant que la donnée serve (voir acquisition de données).
- Facturer, c’est de la métrologie. Dès que les relevés servent à facturer, en RCP, ou à refacturer des charges, les compteurs relèvent de la métrologie légale (OIMes, METAS).
Cinq questions à poser avant de signer un monitoring
Workswell vend des prestations de monitoring : lisez cette liste avec cette réserve. Elle vaut pour n’importe quel prestataire, nous compris.
- Quels usages sont séparés ? Un compteur général donne un total. Il faut au minimum séparer les usages qui tournent la nuit : ventilation, production de chaleur ou de froid, pompes.
- À quelle référence chaque compteur est-il comparé ? Talon nocturne, horaire, signature énergétique, année précédente : une référence par compteur, écrite.
- Qui reçoit l’alerte, et qui agit ? Un nom, un délai, un seuil. Sans eux, le monitoring redevient un décompte.
- Les données s’exportent-elles ? Protocoles ouverts, export dans un format ouvert, plan de comptage documenté (emplacement, grandeur, unité, adresse et facteur de chaque point). Vous devez pouvoir changer d’outil ou de prestataire sans perdre votre historique.
- Combien de temps l’historique est-il conservé ? Assez pour servir de référence avant des travaux, puis pour vérifier qu’ils tiennent leurs promesses.
Questions fréquentes
Faut-il une GTB pour mettre en place un monitoring ?
Non. Les compteurs se lisent directement en M-Bus, Modbus ou BACnet, et des tores ouvrants permettent un sous-comptage électrique sans démonter de départ. S’il existe une GTB, ses compteurs et ses historiques sont repris plutôt que doublés.
Quelle différence entre une GTB et un monitoring énergétique ?
Une GTB pilote les installations et alarme sur leurs défauts. Un monitoring mesure les consommations et les compare à une référence. La première dit si une installation fonctionne, le second si elle consomme ce qu’elle devrait.
Combien de temps mesurer avant des travaux ?
Une période représentative : jours ouvrables, nuits et week-ends. Quelques semaines suffisent souvent pour un talon de consommation ou un horaire. Une signature énergétique demande une plage de températures extérieures, donc en général une saison de chauffe.
Un monitoring a-t-il un sens pour une petite PPE ?
Oui, s’il mesure là où se trouve la consommation. Dans le cas de cet article, il a suffi de séparer la ventilation du reste des communs pour faire apparaître la dérive.